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 one for the road / mort

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Jimmy Wolfe
Shithead with Press Credentials

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Crédit : Hallows.


Occupation : Journaliste au Pepin News Journal. Tout le monde se demande bien comment il est parvenu à obtenir (et surtout à conserver) son poste.
Réputation : Jim restera probablement toujours Jimmy-the-stoner du lycée. Il ne fait pas grand chose pour remédier à cette image, d'ailleurs… vous avez vu sa tête, dernièrement?

MessageSujet: one for the road / mort   Dim 18 Mar - 17:01


ONE FOR THE ROAD
MORT + JIMMY

Ce dimanche avait été particulièrement déprimant. Jimmy n’avait jamais porté le dernier jour de la semaine dans son coeur : une journée faite d’obligations et de lassitude. Ça remontait probablement à sa petite enfance, lorsque sa mère le forçait à venir passer plusieurs heures sur les bancs durs et froids de l’église. Puis pendant son adolescence, lorsque son père insistait avec fermeté pour que toute la famille déjeune ensemble, même si personne n’avait jamais rien à se dire. Adulte, la solitude avait remplacé les obligations. « Sundays are for the jesus, football and family » : le mantra de son père résonnait parfois contre les murs nus du petit appartement de Jimmy. Il se laissait volontiers aller à la contemplation d’un match sur sa petite télé, affalé dans son canapé miteux, une bière dans une main et un plat préparé dans l’autre. Jesus, par contre, ne faisait plus partie de sa vie depuis bien longtemps. Quant à la famille…

* * *

Dans un bruit sourd, la porte s’était refermée à quelques centimètres de son nez. Comme chaque weekend depuis presque un an, Jimmy sonnait chez Darlene, dans l’espoir de se voir octroyer quelques minutes ou quelques heures en compagnie de sa fille. Il était totalement à la merci du bon vouloir de son ex-femme : Darla lui rendait la vie dure, mais il savait qu’il devait faire ses preuves. Ce jour-là, elle avait trouvé qu’il avait une petite mine et lui avait ordonné de retourner chez lui ; s’il était malade, elle ne voulait pas prendre le risque qu’il contamine Nova. Elle aurait tout aussi bien pu prétexter une odeur d’herbe imaginaire sur sa chemise, comme il y a trois semaines, ou ne même pas faire l’effort de chercher une excuse et lui dire qu’elle n’avait pas envie de le voir, ce jour-là. Au début, il faisait des scènes. Là, sur ses plates-bandes. Un voisin avait même appelé la police, une fois. Avec le temps, il avait appris à ravaler sa fierté et à jouer selon les règles de la jeune femme, l’assiduité étant son unique alliée.

* * *

La gorge tendue et le verre suspendu au dessus de ses lèvres, Jimmy laissa tomber la dernière goutte ambrée dans sa bouche avant de rabattre lourdement son verre sur le comptoir. C’était son dernier verre, et il l’avait fait durer le plus longtemps possible, mais il était temps de mettre les voiles. Six pintes vides l’encadraient, et ça commençait à devenir gênant. Bruce, qui tenait traditionnellement le bar du Road Inn le dimanche soir, prenait toujours un malin plaisir à laisser les verres vides devant les clients qui s’éternisaient ; comme si le fait de boire, un dimanche soir, seul, dans un bar mal famé, n’était pas suffisamment humiliant.

Prudemment, il descendit de son tabouret de bar et tâta la poche arrière de son jean. Ralenties par les litres de bières que leur propriétaire venait d’engloutir, ses mains se déplacèrent ensuite vers les poches de son blouson, puis sur son torse. Aucune trace d’un porte-feuilles qui avait été oublié sur la table basse après un changement de veste de dernière minute. Le visage de Jimmy passa de la grimace contrariée à un sourire las.
« Bruce. Mon tendre ami Bruce! Tu me mets tout ça sur mon ardoise? » L’homme entre deux âges ne prit même pas la peine de lever les yeux vers lui, se contentant de pointer du doigts une affiche visiblement toute neuve, dont la blancheur contrastait avec tout le reste du misérable bar : CASH ONLY. NO CREDIT. Une initiative des nouveaux propriétaires, à n’en pas douter. On parlait de deux jeunes hommes venus de New York ; ces étrangers n’avaient aucune idée de la façon dont fonctionnaient les petites villes comme Blackwood. « Ah bah les temps ont bien changé, dites-moi! A une époque, ici, on pouvait se faire confiance! Ici, on pouvait compter sur ses voisins! » L’homme derrière le bar continuait à essuyer ses verres en l’ignorant. « Et sur son barman! » avait-il assené avec un index accusateur. La tirade dramatique ne fut accueillie que par un faible « Amen. » anonyme venu du fond de la salle. Bruce, sans plus tergiverser, abattit la note inscrite à la main sur le comptoir. Jimmy s’accouda au bar et embrassa la salle du regard, dans l’espoir de peut-être tomber sur un visage familier prêt à lui venir en aide. En réalité, ils étaient tous familiers. Mais personne parmi ces quelques poivrots ne lui serait venu en aide, même s’il avait été question de vie ou de mort. « J’offre douze bières demain à celui qui me paiera mes six verres de ce soir. » lança-t-il dans le vide, sur un ton qui trahissait qu’il n’arrivait même à croire lui-même à son mensonge.

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Mort Buchanan
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MessageSujet: Re: one for the road / mort   Jeu 12 Avr - 1:20

Les bars c'est pas son truc, non, les bars c'est pas mon truc, c'est pas mon truc les bars, j'aime boire seul quoi en gros, me cacher comme un gros connard minable en somme, non parce que les bars c'est pas trop mon truc non, c'est plutôt un peu trop public.
Il pense tout ça en descendant la rue pour aller au bar, Mort, parce que pourquoi pas finalement. Pourquoi pas ou plutôt il commence à avoir un bon gros stock de bouteilles vides étalées dans son salon qu'il n'a aucune envie d'aller mettre à la poubelle. Et s'il en accumule une de plus il a peur de se les jouer Domino Express dans la nuit, de marcher pieds nus sur le verre brisé en cherchant l'interrupteur, de mourir de l'hémorragie la plus conne qui soit (bon sa peur ne va pas jusque là, il a juste peur de les faire tomber, mais ça fait du bien d'extrapoler).
Les bars pour lui c'est les souvenirs de l'équipe de football dès qu'ils ont tous heurté le pallier des vingt et un ans. Des gamins chiens fous ayant leur premier contact officiel avec l'alcool. Autrement dit des soirées qui ne finissaient jamais dans le glauque. Aller seul au bar, aucun souvenir. Enfin si, un : le soir de la mort du père. Souvenir frelaté puisque le père n'est pas le père. Souvenir terne qui menace et mérite de s'effacer. Alors non : il ne va pas boire seul par plaisir. La tradition des piliers de bar ne fait pas pour lui partie d'un folklore réjouissant. Mais peut être que ça peut le devenir finalement, après tout William aimait tellement ça lui-même, ça doit posséder une forme de charme désespérant.
Il descend donc la rue. Il a la sensation d'être une cible humaine quand il marche dans les rues de Blackwood, depuis la mort de son père, depuis la révélation. Il sent les rumeurs et les chuchotements se répandre autour de lui comme une épaisse nappe de mélasse qui s'approche avec la ferme intention de l'étouffer. Il se sent comme un animal sauvage acculé, recroquevillé sur ses hanches dans un coin, qui va finir par sauter à la gorge de ceux qui l'entourent - oui ça explique aussi pourquoi il ne sort plus trop. Pourquoi il reste enfermé dans son bureau toute la journée au boulot, lui qui passait sa vie à discuter et conseiller dans les rayons il n'y a pas si longtemps que ça. Bon : "on a fait pire", "ça passera", ouais certes on verra bien. Cette sortie au bar forcée finalement c'est peut être plutôt une bonne chose. Un crash test de son niveau actuel de sociabilité.

Déjà s'il ne croise personne de la famille, ça fait une bonne chose de réglée. Il se voit mal supporter ce genre de confrontation alors qu'il est justement en train de chercher son biberon à oubli. Il se voit mal dire "ah coucou, ah oui c'est pas la joie dis donc, c'est vrai qu'on se croise plus trop au magasin alors qu'on y passe toutes nos journées en même temps, bizarre bizarre mais tu sais j'ai pleins de papiers à remplir en ce moment dis donc c'est l'horreur" dis donc dis donc dis donc dis donc on en serait pas venu à être ultra formels dans le dialogue dans cette famille dis donc ? Est-ce que le dis donc est une protection pour survivre ?
Il avait prévu de s'asseoir au bar pour aller s'enfoncer directement dans le cliché, aller-simple, donnez moi la vraie expérience des gros buveurs pathétique, mais Jimmy Wolfe y est déjà installé. Il n'a jamais aimé Jimmy Wolfe et sa gueule arrogante, ce mec qui joue avec sa belle gueule au lieu d'utiliser ce qu'il y a dans ses tripes, et qui en a perdu ses tripes à force. Ce type qui laisse une nana seule avec un enfant, probablement sans lui laisser une thune. Une nana noire qui plus est, vulnérable au racisme pourri ambiant, qui ne se déclare jamais ouvertement (nous ne sommes pas dans le sud sud faut pas déconner) mais qui se sent toujours en arrière fond, dans un regard, dans une remarque un peu à côté. Qu'est-ce qu'il s'imagine qu'ils disent d'un gamin métis, ce gros con ? Qu'est-ce qu'il s'imagine de ce que Darlene subit ?
Mais c'est pas son histoire, nan, pas son histoire du tout, et ce n'est pas comme s'il était vraiment proche de Darlene. Il ne peut pas aller taper sur l'épaule du pauvre blondasse pour lui dire tu déconnes, il n'a aucune légitimité à le faire et vraiment d'autres chats à fouetter.
Bref, il préfère en tout cas aller s'assoir en salle. Il le connait, le vieux cliché des mecs bourrés qui décident de se chercher des noises un peu aléatoirement juste pour déclencher une bonne grosse baston de bar. Et quand bien même ça lui ferait beaucoup de bien de foutre des poings dans des gueules, Mort préfère faire profil bas, boire ses coups cul-sec, rentré chez lui assez en diagonale pour s'endormir directement dans le sommeil du bienheureux bourré.

Il commande un whisky. Il n'y connait absolument rien mais ça lui apparaît comme le moyen le plus rapide de s'enivrer dans ce trou. Non il ne s'agit pas de s'abreuver doucement comme il le fait chez lui à la bière, attendant l'ivresse comme on attend un papier qui met le temps de sortir de l'imprimante quand on est pressé. Il fait exactement ce qu'il s'était dit qu'il allait faire - et parfois ça fait du bien, d'être carré même dans des conneries. Il en commande un autre, puis un autre, puis un autre, et ça commence à chauffer doucement mais surement, il est probablement à deux shoots de rentrer chez lui, tout se passe bien, quand Jimmy décide de faire exactement ce qu'il a la gueule de faire : le gros con merdique. Mort décide de serrer les dents et de laisser couler, mais il y a un truc que ça chatouille furieusement en lui. Il a envie de mordre. Le voilà le réflexe du fauve acculé qui rêve de sauter à la gorge de ses assaillants. Ses assaillants c'est tout Blackwood, sans exception. Ecoute espèce d'énorme connard, tu penses pas que dans ta position tu pourrais un peu fermer ta gueule et faire profil bas ? Jamais de sa vie Mort n'a insulté quelqu'un. En conséquence, il le fait avec zèle, et il continuerait bien, ça fait une sensation sublime sous la langue toute cette merde qui sort. Il se lève, pas encore assez ivre pour perdre sa dignité en marchant tout droit jusqu'à Jimmy, jusqu'à tout près de Jimmy, jusqu'à tout près du cliché dont il n'a maintenant plus rien à foutre. Moi je serais toi je fermerais ma gueule, vraiment. Ma sale petite gueule de connard. Et si la pique sort aussi justement, c'est qu'il n'en pense pas moins de lui-même. Sauf qu'il met les choses en oeuvre, lui. Il ferme sa gueule, il fait profil bas. Ca s'appelle l'humilité et le respect.

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