AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Blackwood Snow (Andrea)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Boyd Desmond
passenger ✩ stay a little more

Messages : 132
Crédit : Lux Aeterna + Gentleheart


Occupation : Shérif parachuté en sept. 1984, après le décès du patriarche Hewitt. Ex-officier de police à Detroit, sensible aux affaires de racisme et de drogue.
Réputation : Grâce à un travail sérieux, beaucoup de diplomatie et de gros efforts pour s’intégrer, le shérif commence à gagner le respect et la confiance des habitants. Boyd reste néanmoins un étranger de passage qui n’a aucun ami à Blackwood.

MessageSujet: Blackwood Snow (Andrea)   Ven 8 Déc - 18:01

Le déclic s’était produit alors qu’il se rendait au poste de police au volant de son Chevrolet K5 Blazer. L’inspiration divine n’y était pour rien, contrairement à la voix suave de Miss Météo qui annonçait des épisodes neigeux dans le Wisconsin.

À Detroit, le shérif Desmond n’avait jamais eu à gérer le problème des routes enneigées. Certes, à ses débuts dans la police, il avait déjà escorté une épandeuse des services municipaux à travers les rues de la ville. Dans certains quartiers, tout ce qui portait un uniforme (même de secouriste) était susceptible d’être pris pour cible et nécessitait une protection policière. C’était un boulot chiant, et le bruit assourdissant du camion filait le bourdon jusqu’au lendemain. Pire qu’une gueule de bois.

Dans un trou paumé comme Blackwood, le service municipal se réduisait à une poignée de glandeurs jouant aux cartes autour d’une cafetière. Du moins, c’est ce que Boyd avait vu la seule fois où il s’était rendu à l’improviste dans leur local. Et bien sûr, la petite ville ne verrait sans doute pas d’épandeuse avant le prochain millénaire.
En d’autres termes : c’était au shérif d’organiser ce merdier avec les moyens du bord.

Une fois arrivé au poste, Boyd salua ses collègues et fonça directement dans le bureau de l’ancien shérif. Ou plutôt son bureau, désormais, même s’il n’avait encore rien déplacé. Le nouveau venu attendait de s’imprégner parfaitement des lieux et de l’organisation de son prédécesseur. De plus, il s’attendait à ce qu’Andrea – la fille de l’ex-shérif décédé – lui tombe dessus le jour où il bougerait un meuble d’un centimètre. Mais tôt ou tard, il faudrait bien tourner la page.

« Bordel, où est-ce qu’il a rangé ça ? » grommela Boyd tandis qu’il fouillait les nombreux classeurs usagés en quête de la procédure à suivre. Après vingt minutes de recherche ininterrompue, le shérif trouva enfin son bonheur avec un sourire carnassier : « Putain, enfin. Elles pourront rien dire cette fois. »

En effet, une idée singulière lui avait traversé l’esprit : ses adjointes savaient pertinemment quand et comment agir face aux alertes de neige. Ces cruelles harpies ne lui avaient rien dit pour mieux le railler, une fois qu’il se serait mis tout Blackwood à dos pour sa mauvaise gestion des intempéries.
À force de subir leurs critiques, le jeune shérif en devenait presque paranoïaque. Mais il gardait encore la tête froide (les températures glaciales avaient leur bon côté) et avait rapidement chassé cette pensée absurde. Andrea et Pansy étaient peut-être chiantes, mais elles ne risqueraient pas la vie des habitants de Blackwood pour ces enfantillages.

N’empêche, il était content d’avoir trouvé le gros lot, tout seul comme un grand. D’où le sourire carnassier.
Boyd n’avait guère connu ses prédécesseurs, mais après maintes journées passées dans ce bureau, il avait presque l’impression de cerner leur façon de penser, leur vision du travail de shérif. L’expérience s’avérait déroutante pour l’ex-officier de police, mais instructive. Comme ce document énumérant les points à traiter :

Dossier du shérif a écrit:
Vérifier les stocks de sel.
Informer la population des chutes de neige.
Placer les panneaux routiers informant du salage des routes.
Former trois équipes pour procéder au salage des routes goudronnées : Nord, Centre-Ouest, Sud.
Utiliser les camions municipaux, mobiliser les agents de police, le personnel municipal et des volontaires en cas d’urgence.

D’autres explications venaient en annexe, certaines datant de l’époque où les chemins de terre étaient déblayés avec des volontaires armés de pelles.

« Vérifier les stocks de sel. » Boyd fit craquer ses doigts, prêt à passer à l’action maintenant qu’il avait toutes les cartes en main. Il décrocha le combiné de son téléphone et appela l’entrepôt municipal. On lui confirma une quantité suffisante de sel pour tenir tout l’hiver – à condition qu’il ne s’éternise pas. Parfait, un problème de moins à gérer.

« Informer la population des chutes de neige. » Là, les emmerdes allaient commencer. Le shérif n’aurait pas le temps de contacter l’équipe du Pepin New Journal, de créer et coller des affichettes aux endroits stratégiques. D’une part, il était nul pour rédiger ces communiqués, et il risquait de s’infliger une honte monumentale avec son orthographe d’un gosse de six ans (le cancre au fond de la classe, pas l’intello du premier rang avec ses grosses lunettes). D’autre part, les endroits stratégiques, il ne les connaissait pas encore. Pas tous, du moins. Et aucune liste ne figurait en annexe pour lui sauver la mise.
Résigné, Boyd prit une profonde inspiration et appuya sur le gros bouton du téléphone marqué « Accueil ».

« Lucy* ? Est-ce qu’Andrea est là ?
- Oui, shérif. Je l’ai vue entrer dans le bureau des adjointes à 8h34 je crois. Maintenant il est 8h47 et je ne l’ai pas vu ressortir. Vous voulez que je vérifie ?
- Merci, Lucy. Demande-lui simplement de venir dans mon bureau, s’il te plait.
- Bien reçu, shérif. Je vais demander à la première adjointe Andrea de venir dans votre bureau. »

Boyd ne put s’empêcher de sourire en relâchant le combiné. Avec son pointillisme et son parler singuliers, cette petite Lucy était… spéciale. Dans le bon sens du terme.
Le shérif s’enfonça dans son grand fauteuil en cuir. La suite s’annonçait moins réjouissante. Il ne se demandait même pas si sa première adjointe était de mauvais poil ce jour-là. Elle l’était toujours, du moins avec lui.


*HRP : les fans de Twin Peaks comprendront.

_________________
“Life is full of misery, loneliness, and suffering - and it's all over much too soon.”
“Death wasn't a movie where the pretty star faded away with a touch of pale makeup and every hair in place.”
“Death leaves a heartache no one can heal, love leaves a memory no one can steal.”


Dernière édition par Boyd Desmond le Mar 12 Déc - 12:13, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t201-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd-desmond http://blackwood.forumactif.com/t202-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd
avatar
Andrea Hewitt
Bad Cop in Town

Bad Cop in Town
Messages : 1225
Crédit : autumnleaves


Occupation : Adjointe du shérif.
Réputation : L'enfant terrible Hewitt, éternelle célibataire, minsanthrope, que l'on soupçonne de préférer les femmes.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Dim 10 Déc - 21:35

Le ciel est blanc ce matin, d'un blanc profond et pur, ne laissant percer le moindre rayon du soleil qu'il cache. Les nuages sont bas, et la neige n'est, Andy en est certaine, pas loin. Enfant, elle a toujours aimé cette période de l'année, où l'on regarde la neige tomber sans se préoccuper d'autre chose que des batailles de boules de neige.

Depuis qu'elle travaille au bureau du shérif pourtant, elle sait qu'il n'en est rien, et que les cieux maussades sont annonciateurs de difficultés à circuler, de routes bloquées et surtout : de salage. C'est cette pensée qui l'accompagne au long du court trajet effectué de chez elle au poste de police, traversant la route qui ne tarderait pas à être blanchie des flocons, tombant épars. Arrivée sur place, toujours le même rituel : elle salue Lucy, la secrétaire à la permanente parfaite cachée derrière son comptoir trop haut, se sert un café et file dans son bureau. Une habitude bien rodée, à laquelle elle ne déroge que lorsqu'on ne lui laisse pas le choix. Avant, elle se rendait dans le bureau de son shérif de père, deux tasses à la main, et en partageait une avec lui qui était déjà là depuis l'aube. Aujourd'hui, évidemment, ce n'est plus le cas. Elle n'a rien à dire à Boyd ; du moins rien qui vaille la peine de se déranger et parcourir les quelques mètres séparant les adjointes de leur responsable - quand bien même le considérer comme son responsable était une douleur pour Andrea, fille et petite-fille de shérif.

C'est donc avec surprise qu'elle accueille l'appel venant du bureau d'accueil, et donc de Lucy croisée quelques instants plus tôt.
« Oui Lucy, je t'écoute ? » Andy reste muette un instant. Il n'est pas encore neuf heures que le shérif la demande : l'affaire doit s'avérer urgente. Il n'a pas pris l'habitude de s'appuyer sur ses adjointes, qui le lui rendent bien. A croire que moins ils ont affaire les uns aux autres, mieux tous se portent. Pour être honnête, Andrea ne lui a jamais vraiment laissé le choix, décrétant avant même son arrivée qu'elle n'arriverait pas à travailler avec lui, un gars de la ville, ne connaissant rien à Blackwood et à ses habitants. Et l'arrivée du bonhomme sur place n'a fait que confirmer ce qu'elle pensait de lui. Gardant cette opinion pour elle la plupart du temps, il était pourtant difficile de ne pas s'en apercevoir, à ses répliques revêches et son obstination à faire le contraire de ce que Boyd Desmond suggère. « Il a intérêt d'avoir une bonne raison », elle bougonne en se rendant dans son bureau. Elle ne toque pas et pousse la porte sans prendre la peine de l'annoncer (après tout, c'est lui qui l'a demandée). Presque comme si c'était toujours le patriarche Hewitt qui siégeait là.

« Bonjour shérif. » Elle accentue toujours le rang de son patron, comme un ultime marqueur de son aigreur vis-à-vis de lui. Sur son bureau, elle distingue l'écriture de son père, et déchiffre : Procédure en cas de neige. Si Andy comprend bien vite de quoi il s'agit, elle ne relève pas et feint l'ignorance. « Je peux vous aider ? » Demande-t-elle, dans l'espoir qu'il soit forcé de reconnaître son incompétence dans le domaine.

_________________

Plus d'épines que de fleurs dans toute la roseraie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t30-andrea-oiseau-tempete
avatar
Boyd Desmond
passenger ✩ stay a little more

Messages : 132
Crédit : Lux Aeterna + Gentleheart


Occupation : Shérif parachuté en sept. 1984, après le décès du patriarche Hewitt. Ex-officier de police à Detroit, sensible aux affaires de racisme et de drogue.
Réputation : Grâce à un travail sérieux, beaucoup de diplomatie et de gros efforts pour s’intégrer, le shérif commence à gagner le respect et la confiance des habitants. Boyd reste néanmoins un étranger de passage qui n’a aucun ami à Blackwood.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Lun 11 Déc - 22:00

Aucune surprise chez le shérif, quand son adjointe écarta la porte comme on chasse une mouche sur son passage. Aucune irritation non plus, on n’était pas à l’école où il fallait lever l’index et demander à la maîtresse l’autorisation d’aller pisser. Boyd Desmond n’avait guère les manières d’un monarque, et le seul King qu’il reconnaissait, c’était Elvis.
Par contre, il soupira devant le spectacle, bien rodé, de bulldog prête à mordre (une prouesse pour une femme aussi menue). Son « Bonjour shérif » bien appuyé sonnait comme une cigarette qu’on écrase du talon avec acharnement – l’homme de chair et de sang jouant le rôle du mégot.

« Salut, Andrea. », dit-il avec un bref sourire. Le cœur n’y était pas, mais rien n’était forcé. Boyd n’était ni manipulateur, ni assez intelligent pour adapter son comportement au caractère difficile de la jeune Hewitt. Il gardait cependant à l’esprit la singularité de leur situation, particulièrement indue et embarrassante, ainsi que le deuil auquel elle devait faire face. D’où un certain mal à l’aise et une tolérance extrême à son égard.

Il n’invita pas Andrea à prendre une chaise, sachant pertinemment qu’elle refuserait. Pour le simple plaisir de lui dire non. Pour le faire chier.
Alors il déballa sa requête sans autre forme de politesse, plutôt sûr de lui grâce aux documents que les patriarches Hewitt avaient légués à la postérité.

« Oui, j’aurais grand besoin de votre aide pour organiser le salage des routes. Le bulletin météo prévoit des averses de neige dans les prochains jours, et si ça tombe beaucoup, les routes se changeront en vraie patinoire. On a un dossier super complet sur la procédure à suivre. » Boyd posa une main sur le dossier, qu’il tapota énergiquement avec l’extrémité de ses doigts. Aucune allusion à ses auteurs. Inutile de remuer le couteau dans la plaie en prononçant leurs noms. Néanmoins, le policier se doutait que son adjointe savait, et qu’elle savait qu’il savait (à ce stade, les capacités de réflexion du shérif atteignent leurs limites).

« J’imagine que vous connaissez tout ça très bien puisque c’est le même topo tous les ans. Je me suis déjà renseigné sur les stocks de sel : tout est OK, on a ce qu’il faut. Mais j’aurais besoin de vous pour informer la population : aller voir le Pepin New Journal pour publier une annonce, coller des affichettes aux endroits qui vont bien, euh… » Le shérif plongea le nez dans ses documents. Les informations avaient déjà filtré à travers la passoire qui lui servait de mémoire. « … c’est à peu près tout, mais vous pouvez faire une copie du dossier. » Joignant l’action à la parole, Boyd rangea toutes les feuilles dans la chemise, qu’il referma soigneusement avant de tendre le dossier à Andrea avec un sourire poli.

« Il faudra également former trois équipes pour le salage. On s’y colle dès demain. Je m’occuperai du secteur nord, puisque j’y habite et que je connais assez bien le secteur. Vous superviserez le salage du centre et de l’ouest, et Pansy se chargera du sud. Des questions ? »

_________________
“Life is full of misery, loneliness, and suffering - and it's all over much too soon.”
“Death wasn't a movie where the pretty star faded away with a touch of pale makeup and every hair in place.”
“Death leaves a heartache no one can heal, love leaves a memory no one can steal.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t201-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd-desmond http://blackwood.forumactif.com/t202-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd
avatar
Andrea Hewitt
Bad Cop in Town

Bad Cop in Town
Messages : 1225
Crédit : autumnleaves


Occupation : Adjointe du shérif.
Réputation : L'enfant terrible Hewitt, éternelle célibataire, minsanthrope, que l'on soupçonne de préférer les femmes.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Mar 2 Jan - 17:03

Force est de constater que, de l'incompétence et l'incapacité espérées par Andy, il n'est rien, bien au contraire. Le shérif Desmond semble avoir pris la connaissance la plus complète du dossier, comme un pied de nez à son adjointe, si prompte à remettre en doute sa parole. Là, elle se tait, l'écoutant égrainer ses consignes et ses conseils. Visage fermé et impassible de la part d'Andrea, qui jamais ne se résoudra à prendre ses ordres d'un inconnu.

Entre deux élucubrations (qu'elle n'écoute que d'une oreille, tant elle est persuadée de savoir mieux que quiconque), Boyd lui tend le dossier. Elle le connaît bien, et ses auteurs lui sont bien familiers, tant et si bien que l'on pourrait dire familiaux. Alors, son corps entier est parcouru d'un frisson, partagé entre le désir de retrouver cette écriture intimement ancrée en elle, et l'appréhension d'un tel événement. Le sourire aux lèvres de son patron, si bienveillant qu'il soit, lui donne envie de crier.
« Pas besoin de ça. Je le connais par cœur. » réplique-t-elle froidement, non sans amertume. « Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi vous riez, face à une telle situation ? » Celle des habitants face à la menace de neige, bien sûr, se dit-elle, mais peut-être s'agit-il ici d'autre chose d'un peu plus profond. Elle ne se l'avouera jamais.

« Et donc, vous voulez que j'aille coller des affichettes ? Vraiment ? Un gamin pourrait le faire, c'est absurde, je serai bien plus utile ailleurs. » S'agace-t-elle. Alors que la pression monte, Andrea tente intérieurement de se calmer et de reprendre ses esprits ; il reste son supérieur, et son ton n'est absolument pas approprié. « Mais d'accord, je le ferai. Chef. » finit-elle par conclure, restant pourtant plantée face à lui, comme si elle espérait une soudain changement de situation, et de voir l'étoile qui orne le torse du shérif s'épingler sur sa propre chemise.

(Hors-RP : désolée c'est pas extraordinaire, je suis un peu rouillée, je me rattrape au prochain Brille)

_________________

Plus d'épines que de fleurs dans toute la roseraie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t30-andrea-oiseau-tempete
avatar
Boyd Desmond
passenger ✩ stay a little more

Messages : 132
Crédit : Lux Aeterna + Gentleheart


Occupation : Shérif parachuté en sept. 1984, après le décès du patriarche Hewitt. Ex-officier de police à Detroit, sensible aux affaires de racisme et de drogue.
Réputation : Grâce à un travail sérieux, beaucoup de diplomatie et de gros efforts pour s’intégrer, le shérif commence à gagner le respect et la confiance des habitants. Boyd reste néanmoins un étranger de passage qui n’a aucun ami à Blackwood.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Mer 3 Jan - 19:42

« Très bien, Andrea. », dit le shérif en reposant calmement le dossier sur son bureau. La voix de l’adjointe sifflait comme le vent glacial de ce mois de décembre dans l’état du Wisconsin. Avec des précipitations chargées de grêles incisives au lieu de doux flocons cotonneux.

« Et moi, je ne comprends pas comment vous pouvez confondre un simple sourire avec un rire. », ajouta le policier sans perdre son sang-froid. Il avait bien envie de suggérer qu’elle ignorait sans doute ce que ce mot, « rire », signifiait. Mais envenimer la situation ne servirait à rien. Pire, cela nuirait à l’ambiance au sein du commissariat dont il avait désormais la charge – pour le meilleur comme pour le pire (jusqu’à présent, surtout le pire). « Voyez-vous, je souriais car j’espérais que vous seriez aussi heureuse que moi de faire votre travail, d’apporter une aide concrète aux gens de Blackwood en évitant des accidents potentiellement mortels. Et je souriais car je sais qu’avec vous, le job sera bien fait et je pourrai dormir sur mes deux oreilles. Cela répond à votre question, détective Hewitt ? »

Cette hyène ne rigolait-elle donc jamais (à part pour se payer la tête du shérif avec ses copines) ? Sa mine constamment renfrognée avait peut-être des origines plus anciennes que le décès de son père et la frustration qui suivit. Peut-être une sorte de maladie qui figeait les muscles de son visage, mais qui épargnait sa langue venimeuse. À moins qu’Andrea Hewitt appartienne à un ordre de sorcières, et qu’elle avait glissé sur une canette de bière en enfourchant son balai. Ou peut-être qu’elle faisait toujours la gueule pour éviter de creuser des rides. C’est qu’à partir de trente piges, les premiers signes de vieillesse apparaissent de façon irréversible. Le temps agit alors sur la peau comme les griffes d’une herse étrille, creusant des sillons chaque jour plus profonds. De quoi devenir fou, quand on s’attache aux surfaces lisses des poupées en porcelaine.

Boyd fut pris d’une soudaine envie de dérider le visage maussade de son adjointe, comme si la foudre venait de le frapper en stimulant l’aire du cerveau responsable des idées fumeuses. Après tout, pensait le malheureux chef du commissariat, il n’avait rien à perdre en glissant une boutade. L’histoire des affichettes lui offrait une belle occasion.
« Malheureusement, les lois fédérales interdisent le travail des enfants depuis 50 ans. » Le policier lève les bras puis les rabat sur ses cuisses en un geste de dépit. « Alors je dois faire appel à une personne surqualifiée qui écrit mieux qu’un gamin, quand même, et qui connait tous les coins de Blackwood où passent les automobilistes. », conclut-il avec un sourire amusé.

Étonné qu’Andrea ne soit pas déjà partie en claquant la porte, Boyd reprit son sérieux et resta un moment à la regarder, perplexe. Il ignorait ce qu’elle avait en tête, mais comprenait qu’il soit difficile pour elle d’évoquer des sujets plus informels, voire personnels. Au risque de commettre une énorme boulette, l’homme qui portait une étoile qu’il n’avait ni méritée ni voulue osa avancer l’idée de rompre la glace :
« On va avoir beaucoup de boulot avec Noël et la Nouvelle Année, mais quand l’activité sera plus calme nous pourrons avoir une vraie conservation tous les deux. Je ne vous forcerai pas la main et d’ailleurs je n’en reparlerai plus. Gardez juste en mémoire que je serai disponible, à l’heure et à l’endroit que vous aurez choisis. »


HRP : et c’est avec plaisir que je t’accompagne pour cette reprise !

_________________
“Life is full of misery, loneliness, and suffering - and it's all over much too soon.”
“Death wasn't a movie where the pretty star faded away with a touch of pale makeup and every hair in place.”
“Death leaves a heartache no one can heal, love leaves a memory no one can steal.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t201-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd-desmond http://blackwood.forumactif.com/t202-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd
avatar
Andrea Hewitt
Bad Cop in Town

Bad Cop in Town
Messages : 1225
Crédit : autumnleaves


Occupation : Adjointe du shérif.
Réputation : L'enfant terrible Hewitt, éternelle célibataire, minsanthrope, que l'on soupçonne de préférer les femmes.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Ven 5 Jan - 15:42

« Voyez-vous, je souriais car j’espérais que vous seriez aussi heureuse que moi de faire votre travail, d’apporter une aide concrète aux gens de Blackwood en évitant des accidents potentiellement mortels. Et je souriais car je sais qu’avec vous, le job sera bien fait et je pourrai dormir sur mes deux oreilles. Cela répond à votre question, détective Hewitt ? »
Les mots du shérif, plus sympathique qu'à son accoutumée, résonnaient dans le cerveau d'Andrea comme les compliments déguisés qu'ils étaient. Jamais elle ne l'aurait admis, bien sûr. Mais la reconnaissance de la part de ce nouveau shérif, qu'elle n'avait pourtant jamais tenu en haute estime, lui était plaisante. Loin d'être un aveu d'une quelconque faiblesse de sa part, elle sentait là une main tendue vers une paix envisageable, que, l'espace d'un instant, elle eut envie de saisir. Si elle n'en fit rien - un rapprochement physique, même métaphorique, était inconcevable - Andy se garda néanmoins de répliquer. Elle maintenait le silence, sans hostilité : c'était un début dont il devrait, pour le moment, se contenter.

Il poursuivit, avec un plaisanterie qui, habituellement, l'aurait laissée muette. Là, il parvint à faire se fissurer le visage de marbre qu'elle s'était dessiné, d'un sourire discret.
« Bien sûr que j'écris mieux qu'un gamin. Manquerait plus que ça. » bougonna-t-elle, bien plus par principe qu'autre chose. Andrea sentait que le shérif souffrait de la situation, et après tout il ne l'avait pas choisie. C'était périlleux pour elle aussi, en un sens, et terriblement énergivore de détester cet homme, alors que ce n'était peut-être pas un si mauvais bougre. Depuis son arrivée, elle ne lui avait laissé aucune chance, et pourtant aujourd'hui, elle n'avait d'autre choix que d'admettre qu'il semblait savoir ce qu'il faisait. Son adjointe, malgré toute la mauvaise foi dont elle savait faire preuve, devait le reconnaître, autant par fidélité au poste que par fierté intellectuelle.

Il poursuivit, lui offrant un temps d'échange et de discussion sincère. Andrea fronça les sourcils. Elle savait trop bien à quoi il faisait référence : des pensées enterrées depuis longtemps. Le shérif Desmond était sincère, elle le savait. Elle lâcha un
« merci, » poli, avant de se taire pendant un instant.

« Vous savez, j'imagine que ce n'est pas facile pour vous non plus, de débarquer ici. Vous vous en sortez bien, même si je peux vous laisser entendre le contraire. Désolée. » Elle lance, tandis que ses yeux font des allers-retours entre ses pieds et le regard du shérif. Certains auraient parlé d'un miracle, pour elle ce n'était qu'un juste retour des choses, alors que sa carapace, doucement, commençait à se craqueler.

_________________

Plus d'épines que de fleurs dans toute la roseraie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t30-andrea-oiseau-tempete
avatar
Boyd Desmond
passenger ✩ stay a little more

Messages : 132
Crédit : Lux Aeterna + Gentleheart


Occupation : Shérif parachuté en sept. 1984, après le décès du patriarche Hewitt. Ex-officier de police à Detroit, sensible aux affaires de racisme et de drogue.
Réputation : Grâce à un travail sérieux, beaucoup de diplomatie et de gros efforts pour s’intégrer, le shérif commence à gagner le respect et la confiance des habitants. Boyd reste néanmoins un étranger de passage qui n’a aucun ami à Blackwood.

MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   Sam 6 Jan - 14:25

Au moment où un timide sourire apparût subtilement sur le visage de porcelaine d’Andrea, Boyd ressentit la même jubilation qu’un gamin mettant la branlée à son meilleur pote lors d’une énergique partie de Pong (le jeu vidéo où deux lignes verticales en guise de raquettes se renvoient un carré de pixels à la vitesse d’une mamie courant regarder Santa Barbara sur son déambulateur).
La vie était ainsi faite. Parfois, il suffisait d’un petit rien pour égayer une morne journée. Cependant, il en fallait plus pour aboutir à une foutrement bonne journée.

Mais aujourd’hui, c’était Noël avant l’heure, et le bon vieux Santa Claus avait abandonné son archaïque costume rouge et sa barbe blanche pour se travestir en policière vêtue de l’uniforme réglementaire. Certes, elle ne distribuait pas de paquets soigneusement emballés dans un papier-cadeau fantaisie tenu par un joli ruban rose. Pour le shérif qui avait été (relativement) sage, elle offrait beaucoup mieux : des paroles agréables.
Ainsi, quand Andrea lança un compliment au natif de Detroit, celui-ci en fut d’abord estomaqué. La stupéfaction laissa place à la joie en un claquement de doigts, étirant les lèvres de Boyd dans un sourire sincère. Une bande de joyeux lutins éméchés se mit à danser dans sa tête peu encombrée, s’accroupissant et jetant alternativement une jambe puis l’autre sous le rythme endiablé d’une Kalinka russe.

Un dernier mot apporta la cerise sur le gâteau, le pompon sur le carrousel, le clou final de cette représentation festive : « Désolée ».

Le shérif se sentait trop en veine pour espérer davantage. C’est qu’une bonne journée pouvait rapidement devenir une journée de merde après un mot de trop. Surtout quand ce mot sortait de la bouche de Boyd Desmond.
Alors le sage trentenaire se refusa de céder à la gourmandise. Après tout, il y aurait bientôt Noël pour se déchirer le trou de balle après avoir sacrifié son confort intestinal aux plaisirs de la table. À l’occasion de cette fête païenne, même les puritains constipés de Blackwood céderaient au péché de la gourmandise sous la forme de croix en chocolat bien plus savoureuses que les hosties de messe. En effet, dans les pratiques de cette religion aux mœurs étranges, on mangeait le corps du Christ (et on buvait son sang, trois ans d’âge et douze degrés d’alcool plus tard) comme on honorait autrefois les guerriers vaincus en mastiquant leur cœur gorgé de liquide rougeâtre.

Prudent, Boyd se contenta d’une réponse inspirée par une curieuse prémonition : « Merci, Andrea. Et je compte sur vous ainsi que sur Pansy pour sonner l’alarme quand je me plante. C’est mieux d’y mettre les formes, mais je préfère encore des remarques pertinentes et acerbes à un léchage de bottes qui file la gerbe. »

La sonnerie du téléphone retentit à cet instant. À croire que l’inventeur Alexander Graham Bell avait créé ce formidable appareil pour rompre les conversations aux moments les plus opportuns (mais aussi les plus inopportuns, comme les scènes ultra-clichées du premier baiser avorté qu’on trouve dans plein de films).

« Quand on parle de sonner l’alarme et de Pansy… c’est sûrement elle. », commenta le shérif en empoignant le combiné. « Fermez la porte en partant, s’il vous plaît. », souffla-t-il à Andrea.

La fille de l’ancien shérif avait vu juste sur les conditions difficiles de sa vie à Blackwood. Mais ce qu’elle ignorait peut-être, c’est que ces désagréments ne représentaient rien par rapport aux circonstances de son affectation.
Blackwood serait une simple parenthèse dans la vie de Boyd, il n’allait pas y rester longtemps.
Theresa, la défunte femme du policier, resterait à jamais six pieds sous terre. La flopée de bouteilles vidées jusqu’à la dernière goutte, à l’origine de son délabrement puis de sa bavure, continuerait à pourrir son dossier et sa carrière jusqu’à la fin de ses jours – sans compter la honte et le déshonneur d’avoir terni la réputation de la dernière famille qu’il lui restait : la police de Detroit.
Non, cet insigne étoilé, il n’accepterait jamais l’idée de le mériter. Ses efforts pour s’en montrer digne n’y changeraient rien. La légitimité d’Andrea Hewitt pour ce poste ne faisait qu’accentuer un problème déjà insoluble.
Boyd Desmond avait un tas d’excellentes raisons de ne pas sentir à sa place à Blackwood. Un réchauffement des relations avec sa première adjointe rendrait néanmoins cette période moins pénible. Ni plus, ni moins.

_________________
“Life is full of misery, loneliness, and suffering - and it's all over much too soon.”
“Death wasn't a movie where the pretty star faded away with a touch of pale makeup and every hair in place.”
“Death leaves a heartache no one can heal, love leaves a memory no one can steal.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blackwood.forumactif.com/t201-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd-desmond http://blackwood.forumactif.com/t202-my-life-is-a-mess-of-shit-boyd

Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Blackwood Snow (Andrea)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Blackwood Snow (Andrea)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Pages + projets - Collection Snow Day de Crate Paper
» Blackwood - Série
» [Film] Snow Cake
» Book DP 56 Snow Village
» [Camilleri, Andrea] Le grelot

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Moonage Daydream :: ✩ BLACKWOOD, WISCONSIN ✩ :: Downtown :: Sheriff’s Department-
Sauter vers: